La sombre prophétie de Warren Buffet

Mis à jour le

L’oracle d’Omaha a parlé, et Wall Street tremble. Warren Buffet, l’investisseur le plus célèbre et le plus respecté au monde, annonce une nouvelle crise bancaire d’une ampleur sans précédent. Selon le milliardaire, les banques régionales américaines sont au bord du gouffre et pourraient connaître une vague de faillites dès cette année.

Le motif de son inquiétude ? Un risque de défaut massif sur plus de 2200 milliards de dollars de prêts, consécutif à la crise de l’immobilier commercial et à la remontée brutale des taux d’intérêt. Si rien n’est fait pour éviter le pire, l’onde de choc pourrait se propager à l’ensemble du système financier et plonger l’économie dans une spirale infernale.

Le diagnostic de Warren Buffet est d’autant plus alarmant que l’homme d’affaires de 92 ans s’est rarement trompé dans ses prévisions. Avec plus de sept décennies d’expérience au compteur et une fortune personnelle de 100 milliards de dollars, celui que l’on surnomme « le sage d’Omaha » a traversé toutes les crises et en a tiré les leçons. 

Quand il parle, les marchés financiers du monde entier sont suspendu à ses lèvres. Sa société d’investissement, Berkshire Hathaway, est considérée comme un baromètre de l’économie américaine. En décryptant ses choix de portefeuille et ses arbitrages, les investisseurs espèrent trouver la clé des tendances à venir. 

Mais cette fois-ci, le message envoyé par l’oracle est porteur d’un noir présage pour les banques régionales et leurs clients. La tempête approche, et personne ne semble vraiment prêt à y faire face.

Le sage de Wall Street et son flair légendaire

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de revenir sur le parcours hors du commun de celui qui met aujourd’hui en garde contre un cataclysme financier. Né en 1930 dans le Nebraska, Warren Buffet se passionne très tôt pour les marchés financiers. Dès l’adolescence, il étudie les cours de bourse et investit ses premiers dollars.

Mais c’est sa rencontre avec Benjamin Graham, économiste reconnu et théoricien de l’investissement, qui va véritablement forger sa méthode. Graham lui enseigne les principes du « value investing », une approche qui consiste à dénicher des actions sous-évaluées par rapport à la valeur réelle des entreprises. 

Une philosophie que Buffet va faire sienne et appliquer tout au long de sa carrière. Avec quelques associés, dont son ami Charlie Munger, il crée un fonds d’investissement qui va lui permettre de bâtir progressivement son empire : Berkshire Hathaway. 

Aujourd’hui, la holding pèse plus de 700 milliards de dollars en bourse et détient des participations dans des dizaines de sociétés américaines, d’Apple à Coca-Cola en passant par les chemins de fer (BNSF) et les compagnies d’assurance (Geico).

Ce monsieur aux airs de sympathique grand père n’est nul autre que le célèbre Warren Buffet

La recette de ce succès ? Une approche pragmatique et fondamentale de l’investissement, guidée par une analyse pointue des entreprises et de leur environnement concurrentiel. 

Buffet privilégie les sociétés disposant d’un avantage compétitif durable, d’une équipe dirigeante compétente et intègre, et génératrices de cash flows réguliers. Son horizon d’investissement s’étend sur plusieurs décennies, loin des modes éphémères de Wall Street.

Cette méthode, alliée à une frugalité légendaire et un optimisme à toute épreuve, a permis à Warren Buffet de traverser toutes les crises depuis le krach de 1929. Mieux, il a souvent su en tirer parti en investissant à contre-courant dans des entreprises ou des secteurs délaissés. Son flair et sa patience lui ont valu le surnom “d’oracle d’Omaha », en référence à sa ville natale du Nebraska.

Alors quand le sage s’inquiète publiquement d’un risque de crise majeure, les marchés ont toutes les raisons de prendre la menace au sérieux. D’autant que son analyse repose sur des signaux concrets et mesurables, à commencer par la situation préoccupante de l’immobilier commercial américain et ses répercussions potentielles sur les banques régionales.

Le saviez-vous?

C’est vers les grandes banques soutenues par l’État que les américains se sont tournés après les faillites de 2023 et le résultat est visible en bourse : +40% pour J P Morgan et +16% pour la Bank of America depuis.

L’immobilier commercial, bombe à retardement pour les banques régionales

Au cœur des inquiétudes de Warren Buffet, un secteur en souffrance depuis la fin des confinements : l’immobilier commercial. Bureaux, commerces, centres commerciaux… Tous ces actifs ont vu leur valeur et leur attractivité plonger avec les changements profonds induits par la crise sanitaire dans l’organisation du travail et les habitudes de consommation.

Le développement du télétravail a vidé les immeubles de bureaux, faisant bondir les taux de vacance à des niveaux inédits. Sur les principaux marchés américains, plus de 20% des surfaces sont désormais inoccupées, un chiffre qui ne cesse de grimper. Dans le même temps, la montée en puissance du e-commerce a mis à mal les commerces physiques, entraînant une vague de fermetures et de faillites.

Mais comme si cela ne suffisait pas, les professionnels de l’immobilier doivent aussi composer avec l’envolée de leur charge d’emprunt. Et pour cause : beaucoup de prêts avaient été souscrits à taux variables avant la remontée brutale des taux directeurs opérée par la Fed pour juguler l’inflation. 

Résultat, de nombreux emprunteurs se retrouvent dans l’incapacité d’honorer des échéances devenues exorbitantes.

Les actions des banques régionales américaines subissent toujours les retombées des faillites de 2023 et de l’augmentation des taux directeurs. Nombre d’entre elles risquent de ne pas voir 2025…

Cet effet ciseau – baisse des revenus locatifs et explosion des coûts de financement – fragilise des pans entiers du secteur. Les défauts de paiement se multiplient, y compris chez des acteurs solides et établis de longue date. Selon les estimations, ce sont près de 2.200 milliards de dollars de prêts qui arrivent à échéance dans les cinq prochaines années et qui devront être refinancés à des taux bien plus élevés.

Dans ces conditions, les banques régionales américaines, qui sont les principaux bailleurs de fonds de l’immobilier commercial, se retrouvent en première ligne. Elles ont massivement prêté à ce secteur durant la décennie écoulée, voyant dans cette classe d’actifs une source de rendement et de diversification. 

Aujourd’hui, elles se retrouvent avec des créances douteuses et des collatéraux qui perdent de la valeur. C’est ce cocktail détonnant qui pourrait, selon Warren Buffet, précipiter la chute des établissements les plus fragiles ou les plus exposés. 

Car les défauts risquent de se propager à vitesse grand V, entraînant des pertes abyssales dans les bilans bancaires. Une réaction en chaîne potentiellement dévastatrice, quand on sait la fragilité structurelle de ces établissements.

Le saviez-vous?

Les banques locales américaines représentent à elles seules 40% des prêts aux Etats-Unis et sont 5 fois plus exposées à l’immobilier commercial que les grandes banques américaines.

Banques régionales : les raisons de la débâcle annoncée

Pour comprendre la fragilité des banques régionales face au choc immobilier, il faut revenir à leur modèle économique. Comme toutes les banques, elles jouent un rôle d’intermédiation entre les épargnants et les emprunteurs. Elles collectent les dépôts de leurs clients, qu’elles prêtent ensuite à des particuliers ou des entreprises en appliquant un taux d’intérêt supérieur.

Jusque-là, rien d’anormal. Mais pour optimiser leurs profits, les banques ont tendance à s’endetter à court terme (auprès de leurs déposants ou sur les marchés) pour prêter à plus long terme. C’est ce qu’on appelle la transformation de maturité. Tant que la courbe des taux est favorable, la rentabilité est au rendez-vous. Mais quand les taux remontent, les choses se gâtent.

C’est exactement ce qui est en train de se passer. Avec la hausse des taux directeurs, le coût de financement des banques s’envole. Dans le même temps, elles se retrouvent avec des prêts à taux fixe dans leurs bilans, qui ne génèrent plus suffisamment de marge. Pire, la valeur de ces prêts (et des collatéraux associés) diminue mécaniquement quand les taux montent.

2023 n’aura pas été tendre avec les banques régionales américaines…

Les banques régionales sont d’autant plus pénalisées qu’elles ont une exposition disproportionnée à l’immobilier commercial. Une spécialisation qui les rend particulièrement vulnérables à la crise actuelle.

Cette fragilité n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été mise en lumière au printemps 2023, avec les faillites retentissantes de Silicon Valley Bank, Signature Bank et Silvergate. Ces établissements, très impliqués dans l’écosystème des startups technologiques et des cryptomonnaies, avaient souffert du retournement de ces secteurs et de retraits massifs de leurs clients.

Mais la crise avait fait d’autres victimes collatérales, comme la First Republic, rachetée in extremis par JPMorgan. Et plusieurs dizaines d’établissements régionaux étaient restés sous surveillance, à l’image de Pacific Western Bank, Western Alliance Bank ou encore Zions Bancorporation. Malgré les efforts de communication et les plans de restructuration, le secteur ne s’est jamais vraiment remis de ce coup de semonce.

Aujourd’hui, les signaux d’alarme se multiplient. Les valorisations boursières des banques régionales ont fondu, certaines de plus de 50% en un an. Les agences de notation dégradent leurs perspectives et alertent sur les risques de liquidité. Mais le pire reste sans doute à venir, si l’on en croit l’analyse de Warren Buffet.

Le saviez-vous?

La législation aux Etats-Unis autorise les banques à prêter 10 fois plus en prêt aux clients que ce que leurs clients leur confient. Compliqué de suivre en cas de défaut de paiement massif… 

Tempête bancaire en vue : les conséquences en cascade

Si les prévisions de Warren Buffet se confirment, c’est un véritable ouragan financier qui pourrait s’abattre sur les États-Unis dans les prochains mois. Les défauts massifs des professionnels de l’immobilier commercial, incapables de faire face à la remontée de leurs échéances, entraîneraient des pertes abyssales pour les banques régionales les plus exposées.

Face à ces créances douteuses, de nombreux établissements n’auraient d’autre choix que de limiter drastiquement les nouveaux prêts pour préserver leurs ratios prudentiels. Ce « credit crunch » raviverait le spectre de la crise financière de 2008, quand le gel du crédit avait asphyxié l’économie réelle et précipité la récession.

Car les banques régionales sont un maillon essentiel du financement de l’économie. Leur mise à l’arrêt forcé pourrait faire dérailler la reprise post-Covid et plomber durablement la croissance.

Mais le pire serait sans doute une nouvelle panique bancaire, avec des retraits massifs des déposants. Un scénario du type « bank run » auquel le système bancaire est toujours vulnérable, malgré les progrès de la réglementation depuis 2008. Les images de files d’attente devant les guichets de SVB ou de Signature Bank sont encore dans les mémoires…

Si la confiance venait à se rompre, les autorités monétaires et financières seraient sans doute contraintes d’intervenir en urgence pour éviter un effet domino. Mais leur marge de manœuvre est limitée après des années de politiques non conventionnelles et de soutien à l’économie. 

La Fed pourrait-elle à la fois juguler l’inflation et voler au secours des banques ? Rien n’est moins sûr. Quoi qu’il en soit, les marchés financiers risquent de tanguer sévèrement si le scénario noir de Warren Buffet venait à se matérialiser. Les valeurs bancaires seraient en première ligne, comme lors du stress de mars 2023. 

Mais c’est tout le secteur financier qui pourrait dévisser, par effet de contagion. Sans parler des entreprises et des ménages, qui pâtiraient directement du tarissement du crédit.

In fine, cette nouvelle crise pourrait redistribuer les cartes au sein du paysage bancaire américain. Les établissements les plus solides ou les mieux diversifiés tireraient sans doute leur épingle du jeu, à l’image des mastodontes JPMorgan, Bank of America ou Citigroup. Mais pour les banques régionales les plus fragiles, l’issue pourrait être fatale, ouvrant la voie à une vague de faillites et de consolidation.

L’avertissement de Warren Buffet résonne donc comme un signal d’alarme pour les épargnants, les investisseurs et les décideurs politiques. Les prochains mois s’annoncent périlleux pour le système financier américain, et par ricochet pour l’économie mondiale. 

Plus que jamais, la vigilance et l’anticipation seront de mise pour naviguer dans ces eaux tumultueuses. L’oracle d’Omaha aura-t-il vu juste, une fois de plus ? Il faudra attendre encore un peu pour le savoir…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×
RÉDIGE TON AVIS