La Chine fait disparaître 40 banques en 7 jours : que se passe-t-il vraiment ?

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Le secteur bancaire chinois traverse une crise silencieuse mais dévastatrice. En une semaine seulement, 40 banques ont disparu du paysage financier, englouties par de plus grandes institutions. Cette consolidation éclair cache-t-elle une stratégie ingénieuse ou un tour de passe-passe désespéré ? Plongez dans les coulisses de cette restructuration bancaire sans précédent qui pourrait redessiner l’avenir économique de l’empire du Milieu.

Résumé :

  • La Chine a fait disparaître 40 banques en une semaine par absorption
  • Le pays compte 3 800 petites banques rurales représentant 13% du système bancaire
  • Jusqu’à 40% des prêts de certaines petites banques sont non performants
  • La consolidation bancaire est la principale stratégie de gestion de la crise
  • Cette approche est critiquée comme étant un simple camouflage des problèmes

La Chine, deuxième puissance économique mondiale, fait face à une crise bancaire qui rappelle étrangement celle qui a secoué les États-Unis il y a près de 40 ans. Tout comme la crise des caisses d’épargne américaines des années 1980, le secteur bancaire chinois est confronté à une vague de prêts toxiques et de mauvaise gestion, particulièrement dans ses institutions rurales. 

Cependant, là où les États-Unis ont vu plus de 1 000 institutions s’effondrer sur plusieurs années, la Chine semble avoir trouvé une solution plus rapide, mais non moins controversée : faire disparaître ses banques problématiques à une vitesse vertigineuse.

Comment 3800 petites banques menacent l’économie chinoise

Le système bancaire chinois repose sur un vaste réseau de petites institutions financières qui irriguent l’économie locale. Pas moins de 3 800 banques rurales parsèment le paysage financier du pays, représentant une part non négligeable de 13% du système bancaire total. Avec 55 000 milliards de yuans d’actifs, soit l’équivalent de 7 500 milliards de dollars, ces institutions jouent un rôle crucial dans le financement des petites entreprises et du développement local.

Cependant, ce qui semblait être un atout pour l’économie chinoise s’est transformé en un talon d’Achille. La mauvaise gestion chronique de nombreuses banques rurales a conduit à une accumulation alarmante de prêts non performants. Certaines institutions ont même révélé que jusqu’à 40% de leur portefeuille de prêts était compromis, un chiffre qui ferait frémir n’importe quel régulateur bancaire occidental.

Cette situation précaire n’est pas le fruit du hasard. De nombreuses petites banques ont succombé aux sirènes du boom immobilier chinois, prêtant massivement aux promoteurs immobiliers et aux gouvernements locaux. Cette exposition démesurée les a rendues particulièrement vulnérables lorsque la bulle immobilière a commencé à se dégonfler. La crise du secteur immobilier, symbolisée par les déboires du géant Evergrande, a ainsi provoqué un effet domino, mettant en péril l’ensemble du système bancaire rural.

L’opération sauvetage de Pékin

Face à cette crise rampante, les autorités chinoises ont d’abord opté pour une approche prudente. La recapitalisation progressive des banques en difficulté a été la première ligne de défense. Les gouvernements locaux ont été mis à contribution, émettant des obligations spéciales dont une partie des fonds était destinée à renflouer les caisses des banques régionales.

Cependant, cette stratégie s’est rapidement révélée insuffisante. En 2023, seulement 218 milliards de yuans (30 milliards de dollars) ont été injectés dans les banques régionales, représentant à peine 1% de leurs actifs pondérés du risque. Même dans les provinces les plus proactives comme le Liaoning, qui a consacré 17% du produit de ses obligations spéciales au sauvetage bancaire entre décembre 2020 et mai 2024, les résultats sont restés limités.

La gestion de ces banques en difficulté s’est avérée être un exercice d’équilibriste périlleux. D’un côté, ces institutions sont vitales pour le tissu économique local, finançant les petites entreprises dans les zones rurales souvent délaissées par les grandes banques. De l’autre, leur fragilité représente une menace constante pour la stabilité sociale, la principale préoccupation du gouvernement chinois.

Manifestation Chine Banque Populaire
Manifestation devant la Banque Populaire de Chine dans le Henan en 2022 suite au gel des retraits

Les autorités ont appris à leurs dépens que la moindre rumeur de difficulté pouvait déclencher des mouvements de panique. En 2022, des fraudes à grande échelle ont conduit certaines banques à geler les retraits, provoquant des manifestations dans les rues de capitales provinciales. Ces incidents ont souligné l’urgence de trouver une solution durable.

C’est dans ce contexte que la stratégie de consolidation bancaire a émergé comme la solution privilégiée par Pékin. L’idée est simple : faire disparaître les banques problématiques en les fusionnant au sein de nouvelles entités plus grandes et théoriquement plus stables. La création de la Liaoning Rural Commercial Bank illustre parfaitement cette approche. En une seule opération, 36 banques en difficulté de la province du Liaoning ont été absorbées, disparaissant des radars financiers.

Au-delà des fusions : le défi titanesque de la réforme bancaire chinoise

Cette stratégie de consolidation bancaire suscite des réactions mitigées parmi les experts. Ses partisans arguent qu’elle permettra une surveillance plus efficace du secteur bancaire. Avec moins d’institutions à superviser, les régulateurs pourront théoriquement exercer un contrôle plus strict et prévenir les dérives futures.

Cependant, les critiques ne manquent pas de souligner les limites de cette approche. Certains la qualifient de simple tour de passe-passe, arguant que la fusion de plusieurs banques en difficulté ne fait que créer une entité plus grande, mais tout aussi problématique. La question se pose : est-on en train de résoudre le problème ou simplement de le dissimuler sous un vernis de consolidation ?

Une approche plus globale, combinant réforme réglementaire, assainissement des bilans bancaires et soutien à l’économie réelle, semble nécessaire pour éviter que cette crise bancaire ne se transforme en crise économique majeure.

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