TotalEnergies : pour ses 100 ans, le groupe pourrait bien quitter Paris…

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TotalEnergies, géant français du pétrole, célèbre son centenaire en 2024. Un anniversaire qui met en lumière le paradoxe d’un groupe plus florissant que jamais mais dont le cœur de métier, les énergies fossiles, est pointé du doigt par l’urgence climatique. Retour sur la trajectoire d’un mastodonte de l’énergie à la croisée des chemins.

Résumé :

  • TotalEnergies, 6ème groupe pétrolier mondial, fête ses 100 ans en 2024
  • Malgré l’urgence climatique, le groupe investit massivement dans de nouveaux projets pétroliers et gaziers
  • Son PDG Patrick Pouyanné réaffirme sa foi dans les énergies fossiles
  • Intouchable en France, TotalEnergies menace de partir à Wall Street face aux pressions européennes
  • L’action reste rentable mais pose question d’un point de vue éthique et climatique

Il y a quelques mois, le 28 mars 2024, TotalEnergies soufflait ses 100 bougies. Un siècle d’existence pour ce pilier du CAC40, devenu un acteur incontournable de l’énergie au niveau mondial. Pourtant, alors que le monde entier tente d’orchestrer sa transition énergétique pour faire face au défi climatique, cet anniversaire pose question. Était-il bien raisonnable de sabrer le champagne quand son activité est montrée du doigt par les scientifiques et la société civile ?

Car le paradoxe est là. Malgré les alertes répétées du GIEC et les engagements de l’Accord de Paris, TotalEnergies continue de miser massivement sur les énergies fossiles. Son PDG, Patrick Pouyanné, ne s’en cache pas et réaffirme régulièrement sa conviction que le pétrole et le gaz ont encore de belles années devant eux

Une position de plus en plus difficile à tenir alors que l’étau se resserre sur les industriels pollueurs et que les investisseurs intègrent de plus en plus les critères environnementaux dans leurs choix de placements.

Mais TotalEnergies n’est pas une entreprise comme les autres. Par son poids dans l’économie française et ses liens étroits avec les sphères du pouvoir, le groupe jouit d’une influence et d’une forme d’impunité qui font grincer des dents. Intouchable en France, TotalEnergies pourrait cependant être tenté de prendre le large si la pression devient trop forte en Europe. C’est en tout cas ce que laisse entendre Patrick Pouyanné, qui a évoqué en avril dernier la possibilité de déplacer le siège de l’entreprise à Wall Street, où le groupe serait « mieux compris ».

Au-delà de la question de son avenir boursier, c’est bien la raison d’être de TotalEnergies qui est en jeu. Dans un monde qui cherche à tourner la page des énergies fossiles, le groupe français peut-il continuer à surfer sur la vague du pétrole sans se soucier de son impact environnemental

Le poids économique de TotalEnergies 

La plateforme pétrolière de Egina, à 150km au large du Nigéria.

Mastodonte de l’énergie, TotalEnergies pèse lourd dans le paysage économique mondial. Avec un chiffre d’affaires de 234 milliards de dollars et un bénéfice net de 23 milliards de dollars en 2023, le groupe français se hisse à la 6èm place des entreprises pétrolières mondiales. 

Une réussite qui s’appuie sur un vaste empire pétrolier et gazier, fort de 12 000 stations-service dans 130 pays et d’une production d’hydrocarbures équivalente à 2,5 millions de barils de pétrole par jour.

Mais cette success story énergétique a un prix. Celui d’une stratégie encore largement centrée sur les énergies fossiles, en décalage avec les objectifs de l’Accord de Paris. En 2023, TotalEnergies a ainsi investi près de 11,5 milliards d’euros dans l’exploration et la mise en production de nouveaux gisements pétroliers et gaziers, du Brésil au Suriname en passant par la Namibie.

Malgré son impact climatique de plus en plus questionné, TotalEnergies semble intouchable en France, où son influence reste considérable.

Les liens étroits entre TotalEnergies et le pouvoir français 

Patrick Pouyanné et Emmanuel Macron à l’Elysée en 2018

Il faut dire que le groupe pétrolier est profondément enraciné dans le paysage hexagonal. Numéro 1 du CAC40 pendant de longues années, TotalEnergies est un contributeur majeur à l’économie française, que ce soit en termes d’emplois (35 000 salariés), d’investissements ou de recettes fiscales. Une importance stratégique qui lui confère une influence considérable auprès des décideurs politiques.

De fait, les liens entre TotalEnergies et les sphères du pouvoir ont toujours été étroits. Du pantouflage des hauts fonctionnaires vers le groupe pétrolier aux allers-retours de certains de ses dirigeants dans les ministères, en passant par le mécénat de fondations proches du pouvoir, TotalEnergies a su tisser sa toile au plus haut niveau de l’État. 

Une proximité qui n’est pas sans conséquence. Malgré les controverses à répétition sur son impact climatique ou le respect des droits humains, le groupe échappe souvent aux sanctions et semble jouir d’une forme d’impunité. Une situation de plus en plus difficile à justifier à l’heure de l’urgence climatique.

Confronté à une pression croissante en Europe, TotalEnergies pourrait être tenté de prendre le large et de traverser l’Atlantique.

Wall Street, nouvel eldorado pour TotalEnergies ? 

C’est en tout cas ce que laisse entendre Patrick Pouyanné. Dans une interview au média Bloomberg en avril 2024, le PDG de TotalEnergies a ouvert la porte à un potentiel départ du groupe à Wall Street, où il serait « mieux compris et valorisé ». Une déclaration choc qui sonne comme un coup de pression adressé aux autorités européennes, jugées trop pressantes sur les enjeux climatiques.

Car pour le dirigeant, pas question de tourner le dos au pétrole et au gaz. Malgré la pression des investisseurs et des ONG, Patrick Pouyanné reste convaincu que les hydrocarbures ont encore de beaux jours devant eux et que TotalEnergies doit continuer à y consacrer l’essentiel de ses investissements. Un credo partagé par une bonne partie du monde des affaires américain, qui n’a pas la même approche des enjeux climatiques qu’en Europe.

Un départ de TotalEnergies à Wall Street aurait l’effet d’une bombe. Le groupe pèse en effet plus de 6% du CAC40 et reste l’une des valeurs de référence pour de nombreux investisseurs français et européens. 

Son exil outre-Atlantique serait un terrible camouflet pour la place de Paris mais aussi un signal fort envoyé aux autorités européennes, accusées de « saboter » l’industrie pétrolière. Une pression supplémentaire sur des décideurs politiques pris en étau entre les impératifs climatiques et la défense d’un champion économique national.

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