Norinchukin Bank : un géant japonais de l’investissement se retrouve pris au piège des américains

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La finance japonaise tremble ! Norinchukin Bank, un mastodonte bancaire centenaire se trouve au bord du gouffre, prêt à déclencher un séisme sur les marchés mondiaux. Des milliards sont en jeu alors que cette institution, pilier de l’économie nippone, s’apprête à prendre une décision qui pourrait bouleverser l’équilibre financier international.

Résumé :

  • Norinchukin Bank prévoit de vendre des dizaines de milliards de dollars d’obligations étrangères
  • Les pertes estimées ont triplé en un mois, atteignant des sommets vertigineux
  • La banque niponne détient une part importante de son portefeuille en obligations étrangères
  • Cette crise est le résultat d’une stratégie risquée dans un contexte de hausse des taux d’intérêt
  • Le gouvernement japonais est en alerte face aux répercussions potentielles sur le système financier national

Fondée il y a un siècle, Norinchukin Bank s’est imposée comme l’un des plus grands investisseurs institutionnels du Japon. Cette banque, méconnue du grand public, joue pourtant un rôle crucial dans l’économie nippone. Servant de pilier financier à des milliers de coopératives à travers le pays, elle gère des actifs colossaux qui font d’elle un acteur incontournable de la finance mondiale.

Mais aujourd’hui, ce géant aux pieds d’argile vacille. La stratégie d’investissement qui a fait sa force pendant des décennies menace de causer sa perte. Comment Norinchukin Bank en est-elle arrivée là ? Quelles seront les conséquences de cette crise pour le Japon et les marchés financiers mondiaux ? Plongez avec nous dans les coulisses de ce drame financier qui pourrait bien rebattre les cartes de l’économie mondiale.

Histoire et structure unique de Norinchukin Bank

Norinchukin Bank n’est pas une institution financière ordinaire. Fondée il y a un siècle, en 1923, elle a joué un rôle crucial dans le développement économique du Japon rural. Sa mission première était de soutenir les agriculteurs, les forestiers et les pêcheurs japonais, un rôle qu’elle continue d’assumer aujourd’hui.

Ce qui distingue Norinchukin, c’est sa structure de propriété atypique. La banque est détenue par environ 3 300 coopératives agricoles japonaises. Ces coopératives ne sont pas de simples actionnaires, elles sont à la fois les propriétaires, les principaux déposants et les bénéficiaires des rendements de la banque. Cette structure unique a façonné la stratégie d’investissement de Norinchukin au fil des décennies.

Siège de la Norinchukin Bank à Tokyo

Dans les années 1970, alors que le Japon connaissait une croissance économique fulgurante, Norinchukin a commencé à élargir son champ d’action. Face à l’afflux massif de dépôts des membres des coopératives, la banque s’est aventurée au-delà du financement agricole traditionnel. Elle a commencé à prêter à d’autres secteurs industriels et à investir dans les marchés de capitaux locaux et les obligations d’État.

Cette expansion s’est poursuivie dans les années 1990, lorsque Norinchukin a fait ses premiers pas sur la scène internationale. La banque a développé un réseau mondial d’opérations, avec des bureaux à New York, Londres, Singapour, Hong Kong, Pékin, Sydney et Amsterdam. Cette internationalisation a marqué un tournant dans la stratégie d’investissement de la banque, la plaçant sur une trajectoire qui allait la mener à sa crise actuelle.

La stratégie d’investissement risquée de Norinchukin

Au fil des ans, Norinchukin Bank a développé une approche d’investissement qui la distinguait des banques commerciales traditionnelles. Alors que ces dernières tirent une grande partie de leurs revenus des prêts, Norinchukin s’est fortement appuyée sur les revenus d’investissement pour couvrir ses dépenses d’intérêts.

Cette stratégie est devenue particulièrement prononcée après la crise financière de 2009. Ayant subi de lourdes pertes sur des produits financiers complexes, Norinchukin a cherché refuge dans ce qu’elle percevait comme des investissements plus sûrs : les bons du Trésor américain et d’autres obligations gouvernementales étrangères.

Cependant, cette approche comportait ses propres risques. Le régulateur financier japonais, la Financial Services Agency (FSA), a à plusieurs reprises mis en garde Norinchukin contre sa dépendance excessive aux obligations étrangères. Toshinori Yashiki, directeur général adjoint de la FSA, a déclaré : « Étant donné la taille même du portefeuille, il n’était pas si facile de changer. »

Malgré ces avertissements, Norinchukin a tardé à ajuster sa stratégie. À la fin mars 2024, la banque détenait environ 145 milliards de dollars d’obligations étrangères, représentant 42% de son portefeuille d’investissement. Cette concentration massive dans un seul type d’actif allait bientôt se révéler problématique.

La crise actuelle : une tempête parfaite

La stratégie d’investissement de Norinchukin s’est heurtée à un obstacle majeur : la hausse soutenue des taux d’intérêt aux États-Unis. Cette augmentation a eu un double effet néfaste sur le portefeuille de la banque. 

Premièrement, la valeur des obligations à faible rendement détenues par Norinchukin a chuté, entraînant d’importantes pertes sur papier. Deuxièmement, le coût du financement en dollars pour ces investissements a dépassé les intérêts perçus, rendant la stratégie insoutenable.

Face à cette situation, Norinchukin s’est vue contrainte de prendre des mesures drastiques. La banque a annoncé son intention de vendre environ 63 milliards de dollar d’obligations étrangères d’ici mars 2025, soit environ un sixième de son portefeuille d’investissement mondial.

L’ampleur de la crise s’est rapidement aggravée. En l’espace d’un mois, les pertes estimées ont triplé, atteignant 9,4 milliards de dollars. Le PDG Kazuto Oku a même averti que ces pertes pourraient encore s’aggraver, déclarant : « En fonction des développements comme les élections américaines, nous pourrions réduire davantage nos avoirs en bons du Trésor américain. »

Cette situation met en lumière les risques inhérents à une stratégie d’investissement trop concentrée et souligne l’importance d’une diversification adéquate du portefeuille.

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