Dissolution de l’Assemblée nationale : Le coup de poker qui pourrait faire plonger l’économie française ?

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Séisme politique en France ! Les élections européennes ont été marquées par un raz-de-marée de l’extrême droite, poussant Emmanuel Macron à dissoudre l’Assemblée nationale dans la foulée. Avec des législatives anticipées fin juin, c’est une période d’intense incertitude qui s’ouvre pour le pays. Mais aussi pour votre porte-monnaie ! Explosion de la dette, flambée des taux de crédit, pouvoir d’achat en berne… Faut-il craindre le pire ?

Résumé :

  • Le Rassemblement national en tête des européennes avec 31,36% des voix
  • Près de 40% des suffrages pour l’extrême droite, tous partis confondus
  • Dissolution dans la foulée de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron
  • Législatives anticipées convoquées les 30 juin et 7 juillet
  • Incertitudes politiques et économiques, volatilité des marchés financiers
  • Possibles impacts sur le coût de la dette française, les taux de crédit et le pouvoir d’achat

Le séisme politique provoqué par les élections européennes du 9 juin dernier en France n’en finit pas de faire des remous. Avec 31,36% des suffrages, le Rassemblement national (RN) de Jordan Bardella arrive largement en tête, portant l’extrême droite dans son ensemble à près de 40%. Un score historique qui a poussé le président Emmanuel Macron à dégainer aussitôt l’arme de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Les Français sont donc rappelés aux urnes pour des élections législatives anticipées, avec une campagne éclair qui s’annonce déjà particulièrement tendue. Cette séquence politique inédite sous la Vème République fait resurgir le spectre d’une forte instabilité politique, voire d’une cohabitation avec un gouvernement d’extrême droite. De quoi susciter de nombreuses inquiétudes sur le plan économique et financier.

Après une analyse des conséquences politiques de ce séisme électoral, nous nous pencherons sur ses implications concrètes pour les finances publiques et personnelles des Français. Nous verrons enfin comment les marchés financiers réagissent à ce contexte d’incertitude et quelles peuvent être les perspectives pour l’économie tricolore.

Séisme politique et législatives anticipées

Le Rassemblement National, grand gagnant des élections européennes.

Les élections européennes ont donc été marquées par un raz-de-marée de l’extrême droite en France. Avec 31,36% des voix, le Rassemblement national pulvérise son précédent record de 2019 (23,3%) et distance largement la majorité présidentielle (14,6%) et les autres partis. Les 5,47% de Reconquête!, le parti d’Éric Zemmour, portent même le score total de l’extrême droite à près de 40%, du jamais vu sous la Vème République.

Face à ce choc démocratique, Emmanuel Macron a choisi de contre-attaquer en annonçant le soir même la dissolution de l’Assemblée nationale. Une décision surprise qui a pris de court la classe politique et précipite le pays vers des législatives anticipées, convoquées dans la foulée les 30 juin et 7 juillet prochains. Les principaux partis, encore sonnés par les résultats des européennes, se retrouvent embarqués dans une campagne éclair de trois semaines qui s’annonce particulièrement agressive.

L’enjeu est de taille pour Emmanuel Macron, qui avait déjà perdu sa majorité absolue lors des législatives de juin 2022. Depuis, l’exécutif peine à faire voter ses textes et doit composer avec des oppositions turbulentes. Marine Le Pen a d’ores et déjà prévenu que le RN était « prêt à exercer le pouvoir ». De leur côté, la gauche appelle à un « front républicain » anti-RN quand la droite promet de faire cavalier seul. 

Quels impacts pour les finances des Français ?

Economies des français

Au-delà du choc politique, ce sont les possibles répercussions économiques et financières qui inquiètent de nombreux Français. Car si les marchés ont plutôt bien résisté dans l’immédiat, les incertitudes restent fortes pour l’avenir.

Le premier sujet de préoccupation concerne une éventuelle envolée du coût de la dette française en raison de l’instabilité politique. Une hausse significative contraindrait l’État à réduire ses dépenses et pourrait donc peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Pour l’heure, le taux d’emprunt à 10 ans de la France n’a augmenté que de 0,1 point après l’annonce de la dissolution, à 3,19%, loin de ses pics de 2022. 

Mais tout dérapage des comptes publics pourrait affoler les marchés, d’autant que la marge de manoeuvre budgétaire restera limitée par les règles européennes, même en cas de victoire du RN. Autre sujet d’inquiétude, l’évolution des taux de crédit immobilier, scrutés par les nombreux ménages ayant un projet d’achat. 

Les emprunteurs espèrent que le mouvement de décrue des taux observé depuis mars va se prolonger malgré la crise politique. C’est le scénario privilégié par les analystes, la Banque centrale européenne ayant de nouveau baissé ses taux directeurs en juin et les banques françaises étant toujours promptes à capter de nouveaux clients.

Concernant le pouvoir d’achat, grande priorité des Français, les propositions des partis en lice divergent. Là où le RN prône des dépenses publiques en forte hausse financées par la « priorité nationale », la majorité présidentielle défend un programme de baisse des impôts et des cotisations pour doper l’activité. Mais tous promettent d’augmenter les petites retraites et les minima sociaux. Reste à savoir quelle ligne l’emportera et si elle résistera au cadre budgétaire européen.

Réactions des marchés financiers et perspectives

Incertitudes à la Bourse de Paris

Les soubresauts de la vie politique française ne laissent pas les investisseurs de marbre. Lundi, au lendemain du double choc des européennes et de la dissolution, le CAC 40 a ainsi dévissé de 2,3%, sa pire séance depuis mars. Les valeurs bancaires et les secteurs les plus exposés au risque politique, comme les concessions autoroutières, ont été particulièrement malmenés.

Mais pour beaucoup d’analystes, il faut raison garder. « Il ne faut pas exagérer l’influence du fait politique sur les marchés dans les pays développés », tempère Christopher Dembik, de Pictet Assets Management. De fait, l’euro n’a que peu reculé face au dollar et l’écart entre les taux français et allemand à 10 ans reste contenu. 

« Les investisseurs étrangers cherchent surtout le rendement, la stabilité, un climat des affaires favorable. Ca peut être trouvé avec le gouvernement Meloni comme avec Sanchez ou potentiellement le RN »

Christopher Dembik

Un avis nuancé par LBP AM, pour qui le contexte des semaines à venir pourrait déstabiliser les marchés financiers à court terme. Un retour durable des taux au-dessus de la barre symbolique des 3% serait un signal négatif. En attendant, les investisseurs restent dans l’expectative et la volatilité devrait rester de mise jusqu’à la fin du mois de juillet.

Au-delà, tout dépendra de l’issue des législatives et de la capacité du prochain gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, à engager les réformes structurelles nécessaires tout en préservant la stabilité budgétaire et le pouvoir d’achat des Français. Un sacré défi dans un contexte économique international toujours incertain, entre guerre en Ukraine, tensions géopolitiques et menace inflationniste. Les prochains mois s’annoncent périlleux sur le plan politique comme économique, affaire à suivre…

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